CGT AAJB

Allongement de la durée de cotisation

12 Septembre 2013 , Rédigé par CGT AAJB Publié dans #Santé-Retraites

 

images-copie-2.jpgLes raisons qui conduisent à considérer un nouvel allongement de la durée de cotisation comme la solution au problème des retraites soulèvent plusieurs objections.

 


« On vit plus longtemps, donc on doit travailler plus longtemps » :


Cette affirmation, sans cesse martelée est présentée comme une évidence. Elle en a tout l’air mais elle repose en fait sur une vision réactionnaire de la société dans laquelle le non-travail est assimilé à de l’inutile ou du superflu. De 1945 à 1982, date de la dernière décision progressiste en matière de retraite (accès dès 60 ans à une retraite à taux plein), l’espérance de vie n’a fait que progresser, ce qui n’a pas empêché d’abaisser l’âge de la retraite. De plus, cette affirmation est déconnectée de la vie réelle. D’abord parce que la durée du travail est de l’ordre de 35 ans en moyenne. Demander une durée de cotisations tendant vers 44 ou 45 ans revient à dire que très peu de salariés pourront y accéder. Ensuite parce que les employeurs n’ont pas l’intention de garder les salariés les plus âgés dans les entreprises. Pour une part, l’explosion du nombre de ruptures conventionnelles concerne les salariés les plus âgés. La loi de 2010, dont la mesure phare était le recul de l’âge de la retraite, n’a fait qu’aggraver les chiffres du chômage des « seniors ».


La durée moyenne du travail des salariés qui ont pris leur retraite en 2012 est de 151 trimestres :156 pour les hommes, 145 pour les femmes (source CNAV).

 

 

« Le vieillissement de la société impose d’en passer par là » :


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Il y a de plus en plus de retraités pour un nombre d’actifs qui lui n’évolue qu’à la marge. Le constat est juste mais est-ce vraiment un problème ? Dans le même temps, la productivité du travail a littéralement explosé. On produit beaucoup plus avec moins de travailleurs et/ou dans un temps moindre. Si on met de côté les gains de productivité « non vertueux », c’est-à-dire liés à l’intensification du travail, à la dégradation des conditions de travail, au détricotage du droit du travail, au non respect de l’environnement, il demeure néanmoins une augmentation considérable de la productivité. Celle-ci peut sans aucune difficulté, si ce n’est l’hostilité patronale, permettre de financer dans de bonnes conditions les retraites actuelles et futures. La France se trouve par ailleurs dans une situation privilégiée en matière démographique, puisque le nombre des naissances y est beaucoup plus important que chez nos voisins européens. N’oublions pas enfin que le rapport entre personnes occupées et retraités et plus pertinent que celui entre actifs et retraités. En effet, actif ne veut pas dire en emploi. Cela met en évidence l’importance de la bataille pour le plein emploi.

 

 

« C’est la seule possibilité qui permette un financement durable sans compromettre la compétitivité des entreprises » :


 Cette affirmation découle d’une approche dans laquelle le « coût du travail » serait à l’origine de tous nos soucis. Or il n’en est rien.

 

 

«Coût du travail » ou coût du capital ?


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Pourquoi la CGT conteste l’approche en termes de « coût du travail » ? Cette notion n’est évidemment pas innocente. Elle est principalement utilisée pour expliquer le déficit de “compétitivité” de la France.

Notre première objection est que le travail est d’abord producteur de richesses. Cette caractéristique fondamentale est volontairement reléguée au second plan pour n’évoquer que le volet « coût ». Ce « coût du travail », qui représente le salaire dit super brut (salaire brut + cotisations dites patronales), est donc présenté comme grevant la « compétitivité » des entreprises, en particulier du fait du poids de ce que la partie patronale appelle les « charges sociales ». Ce poids est considéré comme trop élevé et on voit bien que la réduction de ces cotisations est un objectif premier du Medef.

 


Des comparaisons qui démentent le discours ambiant


Des comparaisons avec l’Allemagne sont abondamment évoquées, mais toujours en omettant l’essentiel s’agissant en particulier du sujet compétitivité. Dans le secteur de l’automobile, le « coût du travail » est plus élevé en Allemagne qu’en France (dans ce secteur, le coût du travail allemand est supérieur de 30% au coût français), or l’industrie automobile allemande est plus compétitive que l’industrie automobile française. A l’évidence, cette situation est liée à bien d’autres facteurs que le seul « coût du travail ».

 


En matière de coût du capital, peu d’éléments sur la place publique


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Il est très difficile d’obtenir des informations publiques sur ce que représentent les dividendes et plus généralement la rémunération du capital, c’est-à-dire son coût. Et pour cause ! En trente ans, la masse salariale des entreprises a été multipliée par 3,6 alors que la somme des dividendes versés aux actionnaires a été multipliée par 20.

 

Ce constat est le produit de la baisse de la part des salaires dans la valeur ajoutée (mesure de la richesse crée par l’entreprise) des années 1980 (de 75 % en 1982 à 68 % en 2011), ainsi que d’un partage secondaire de la valeur ajouté au profit de la rémunération du capital (principalement dividendes).

 

Cette évolution s’est faite notamment au détriment des investissements productifs, et de la recherche-développement, en particulier dans l’industrie. C’est là une des principales raisons du déficit de compétitivité de la France.

 

Autre aspect peu évoqué, les exonérations de cotisations sociales qui sont aujourd’hui supérieures à 30 milliards d’euros, font l’objet d’une compensation par l’impôt. Il en résulte que ces 30 milliards d’euros ne sont plus disponibles pour les politiques publiques et que cela a des conséquences non négligeables sur la compétitivité de la France. Le crédit d’impôt de 20 milliards d’euros décidé dans le cadre du pacte de compétitivité, ne fait qu’aggraver cette situation.

 

Enfin, cette exigence de rémunération toujours plus élevée du capital s’est traduite par des pratiques très agressives des grandes entreprises vis-à-vis de leurs fournisseurs, avec des exigences de réduction des coûts le plus souvent insupportables pour ces entreprises sous-traitantes. Dans bien des cas, cela s’est traduit par des délocalisations et une perte de qualité qui en retour ont induit une baisse de croissance.

 


C’est bien le coût du capital qu’il faut réduire !


La CGT considère que le niveau de la « compétitivité » actuel de la France peut être significativement améliorée en s’attaquant à la financiarisation, c’est-à-dire en réduisant le niveau de rémunération du capital et dans le même temps en revalorisant le travail, en particulier en augmentant sa part dans la valeur ajoutée (salaires, protection sociale). Il faut ensuite consacrer l’essentiel des profits aux investissements, à la recherche-développement et à l’innovation.

 

 


 

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